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Une analyse critique de la lutte contre les maladies oculaires au Maroc

Une analyse critique de la lutte contre les maladies oculaires au Maroc

 

Une analyse critique de la lutte contre les maladies oculaires au Maroc
Notre pays traverse une phase importante de transition politique. La santé du citoyen fait l’objet actuellement de nombreux débats politiques et figure dans tous les programmes des partis politiques quelque soit leurs tendances.
Les professionnels de la santé, estiment à sa juste valeur, qu’enfin les problèmes sanitaires du pays soient discutés sur la place publique, en espérant que cet intérêt soit réel et non conjoncturel.

Cette contribution expose certains points forts et faibles du système de santé marocain, dont l’objectif est de lancer un débat serein, courageux et scientifique sur les grandes questions de la santé dans notre pays. Ainsi, toute structure politique qui propose un programme de santé doit expliquer pourquoi et surtout comment elle compte le réaliser ? Avant toute analyse, il est important de signaler que le système de santé avec ses atouts et ses failles est tributaire de plusieurs intervenants. En effet la problématique sanitaire est étroitement liée aux problèmes socioéconomiques (moins de 100 dhs/an/ménage pour les dépenses de santé, problématique de l’eau potable dans tous les foyers), un taux d’analphabétisme d’environ 60% en moyenne rendant l’éducation sanitaire laborieuse voir inefficace. A la formation des professionnels de santé (900 médecins formés/an). Ainsi, il y a 5 médecins pour 10 000 habitants alors qu’en Tunisie il y a 16 médecins/ 10 000 habitants et au budget qui représente 4% du budget général et moins de 3% du PNB. Ce constat rend compte que la politique de la santé concerne tout le gouvernement et qu’elle ne peut se concevoir que dans un processus dynamique avec des stratégies à court, moyen et long terme.

Les objectifs et les priorités sont dressés dans un plan d’action national établi par le ministère de la santé et dans la réalisation relève de la responsabilité de tout le gouvernement. Prenons l’exemple de l’ophtalmologie, qui illustre ce processus.

Grâce à la mobilisation des ophtalmologistes, et à la sensibilisation des décideurs, la santé oculaire du pays a toujours été une des préoccupations majeure du ministère de la santé. C’est pourquoi en 1992 une enquête nationale a été menée en collaboration avec l’OMS pour évaluer l’état des lieux en pathologie oculaire. Il ressort de l’enquête nationale que la prévalence de la cécité est de 0,72% et que 2,7% des citoyens sont malvoyants. Dès lors, on a pris conscience de l’impact socio-économique de la perte de productivité liée à la cécité sur les individus, les familles, la communauté et le pays tout entier.

Face à cette situation, une stratégie nationale a été établie avec la mise en place d’un programme national de lutte contre la cécité et mis en application dès 1993 appuyé fortement par l’OMS, les ONG nationales et internationales.

Ce vaste programme visait en priorité la cataracte : 1ère cause de cécité évitable puisque responsable de 50% des cas de cécité au Maroc, et la 2e priorité est le trachome qui sévissait à l’état endémique dans cinq provinces du royaume : Errachidia, Figuig, Ouarzazate, Tata et Zagora, et pour lequel un programme particulier a été consacré dans les provinces suscitées.

Quels sont les acteurs de ce programme et les moyens mis à leurs dispositions ?

Il est important de rappeler que le système national de santé oculaire est basé sur 3 niveaux d’intervention. Le niveau primaire où sont dispensés les soins oculaires : c’est la « porte d’entrée » des maladies oculaires. Les acteurs sont les médecins généralistes et la sensibilisation aux soins est assurée par le personnel paramédical spécialisé ( infirmières, opticiens et orthoptistes). Le niveau secondaire où les soins oculaires secondaires sont assurés par les médecins spécialistes ophtalmologistes. Les patients sélectionnés par le niveau primaire sont orientés au niveau secondaire mais peuvent y avoir accès directement sans passer par le niveau primaire en particulier dans le secteur privé. Le niveau tertiaire : ce sont les centres régionaux et les centres universitaires ainsi que certaines structures spécialisées. A ce niveau, sont généralement référés les patients présentant une pathologie oculaire lourde.

Ainsi sur le plan national comme en témoigne la carte géographique, la couverture sanitaire oculaire est répartie comme suit : Le niveau primaire (couverture à 100%), le niveau secondaire (40 services d’ophtalmologie équipés et le niveau tertiaire (6 services universitaires dans 4 CHU différents (RABAT CASABLANCA , FES , et MARRAKECH ) et CHR (centres hospitaliers régionaux). Les structures privées spécialisées exclusivement en ophtalmologies sont au nombre de 9.

Les ressources humaines engagées dans ce programme ont été le facteur déterminant. Il faut citer comme premier indicateur, le nombre total d’ophtalmologistes qui de 586 dont 86 sont en formation ou en stage d’équivalence. Sur les 500 ophtalmologistes confirmés : 340 exercent dans le secteur privé et 160 dans le secteur publique. Le ratio ophtalmologiste par habitant est de 1/68 000 avec une très inégale répartition dans les différentes provinces du royaume. Par exemple, 1/16 000 pour la préfecture de Rabat contre 1/464500 pour Taroudant.

Un autre indicateur en matière d’activité, certaines donnés épidémiologiques.

Sont réalisées chaque années (secteur publique et privé confondus) environ 25 000 interventions de cataractes dans l’ensemble du Royaume sachant qu’il y a 30 000 nouveaux cas chaque année et qu’il existe un passif de 400 000 cataractes en instance de chirurgie, Ceci est lié à l’augmentation de la population et au vieillissement avec l’allongement de la moyenne d’espérance de vie. C’est dire le lourd fardeau du programme qui vise à éradiquer les autres causes de cécité et de malvoyances : Le glaucome, les complications oculaires du diabète, la cécité chez l’enfant et les traumatismes oculaires.

Il s’agit évidemment d’un grand défi à relever puisqu’il s’inscrit dans le programme mondial de l’OMS qui vise à éradiquer la cécité évitable d’ici l’an 2020.

Quels sont les points forts et les points faibles de la stratégie marocaine de lutte contre la cécité ?

Les points forts de notre système sanitaire oculaire pourraient être reparties comme suit. Premièrement, l’intégration très tôt des activités oculaires dans le système national de la santé et de ce fait la disponibilité de soins oculaires de base accessible à la majorité de la population avec la décentralisation des services spécialisés. Secondo, la mise en place d’un véritable programme national de lutte contre la cécité avec une volonté politique très forte, où l’accent est mis sur les priorités qui sont les premières causes de cécité. Enfin, la coordination avec les autres programmes et l’action intersectorielle avec les autres départements gouvernementaux. L’exemple illustrant cette collaboration est le Trachome qui a nécessité l’implication du ministère de l’éducation nationale, du ministère de l’équipement par l’office nationale de l’eau potable et le ministère de l’intérieur. Les ONG nationales et internationales (OMS, UNICEF, ITI, Fondation Hassan II d’ophtalmologie, Croissant rouge marocain et Hellen Keller International. Cet exemple montre que le problème du trachome ne peut pas être résolu par le ministère de santé seul.

Pour les points faibles, on peut éventuellement citer, l’inégale répartition des ressources humaines est un des points faibles dés plus épineux. La formation des professionnels de santé spécialisés en ophtalmologie (ophtalmologistes, opticiens, orthoptistes et infirmiers spécialisés) qui n’est pas en adéquation avec les besoins du pays et pour cela une plus grande collaboration avec le ministère de l’enseignement supérieur est souhaitée pour augmenter le nombre des professionnels en formation et d’établir un cursus obligatoire de stage du futur médecin généraliste amené à jouer un rôle primordial dans les soins de santé primaires. Un autre point faible est l’absence de mise à niveau continue et régulière des plateaux techniques des services d’ophtalmologie II et III en assurant une formation continue afin d’optimiser les acquis.

L’absence d’évaluations régulières et d’analyses critiques des activités réalisées pour une planification et une promotion plus efficace des soins afin de mieux adapter la méthode de lutte contre la cécité aux contextes socioéconomiques et medico- sanitaire. L’insuffisance en matière de recherche, car des solutions propres à notre contexte peuvent êtres trouvées pour prévenir ou traiter des maladies avec leurs spécificités marocaines. La politique de santé actuelle mené par le MNS ne concerne que le secteur public. Le secteur privé échappe aux programmes nationaux et son implication est impérative si on vise à réaliser des objectifs raisonnables. Le système de sécurité sociale (AMO , RAMED, .. ) risque d’être épuisé,avec la démographie galopante, si on ne trouve pas des moyens rapides adaptés à notre pays tout en préservant la qualité de soins( médicaments génériques, dispositifs médicaux agrées par l’OMS), au lieu d’appliquer actuellement des exigences des pays riches au dessus de nos moyens ). L’nsuffisance de textes juridiques régissant de nombreuses activités de santé, dont certains textes sont anciens et révolus. En matière de législation, tout changement ou création de nouveaux textes de loi souffre d’une bureaucratie et d’une lenteur qui bloquent ou retarde parfois tout un programme.

Pour conclure, l’engagement politique doit pouvoir proclamer LE DROIT A LA SANTE et mettre tout en oeuvre pour assurer ce droit à nos concitoyens. Le débat sur les grandes questions de santé est lancé et doit continuer au dêla des élections.

Par Dr Amina BERRAHO Professeur d’Ophtalmologie à la Faculté de médecine de Rabat Chef de service d’ophtalmologie à l’hôpital des spécialités du CHU de Rabat /L’Opinion

 

 

 

A propos de l'auteur

Directeur de Media optique (marocoptic.com)

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